Considérations environnementales
 
 
    Il y a une vingtaine d’années à peine, les gens qui « prétendaient » faire des œuvres d’art avec des objets usagés ou avec des matières recyclées passaient pour des marginaux un peu fumistes. Pourtant ils étaient des précurseurs.  En 1985, souvenons-nous, c’était encore l’époque du  «tout à la poubelle» : on enfouissait tout; des journaux  aux contenants de plastique, de métal ou de verre, en passant par les huiles usées et les déchets toxiques. Toutes nos ordures « disparaissaient » dans nos dépotoirs depuis des décennies, des siècles!
 
Qui aujourd’hui oserait prôner un retour en arrière ?
 
    Malgré la timidité des efforts que nous déployons (recyclage, économies d’énergie, de matière première, etc) nous nous sommes enfin engagés dans une voie plus respectueuse de la nature, plus prometteuse pour l’humanité. Il est vrai que les précurseurs de l’action environnementale ont travaillé  fort et longtemps pour nous convaincre de l’urgence d‘agir. Le contrat était de taille : convaincre une société axée sur la consommation excessive de se mettre à faire des sérieux efforts d’économie, de modifier sensiblement ses habitudes (!) enfin de participer au sauvetage de notre petite planète bleue. Paradoxalement ce sont les terribles soubresauts climatiques de la dernière décennie qui auront convaincu le plus de gens, davantage que tous les discours écologistes
 
 
 
Profil
Clément des Rosiers                                              
Né à Montréal , le 9 octobre 1951, M. des Rosiers arrive tout juste sur le marché public de l’art après une carrière  de trente ans à la polyvalente de Mont-Laurier, dans les Hautes Laurentides, où il a enseigné successivement l’ébénisterie artisanale, l’initiation à la technologie, puis les arts plastiques. Il est titulaire d’un Baccalauréat en enseignement ainsi que d’un Certificat en Arts plastiques de l’UQAH.
 
Sa passion pour la transformation des matériaux naturels l’a aussi amené à construire des maisons de bois rond (technique scandinave), des sculptures environnementales (bois et métal) et fabriquer des accessoirs et vêtements de cuir.
  J’ai toujours aimé la transparence colorée des bouteilles de vin. À l’âge de 11 ans je les collectionnais déjà pour décorer la grande fenêtre de ma chambre, après les avoir soigneusement dépouillées de leurs étiquettes commerciales. Quand le jour les inondait de lumière ou que le soleil les dardait de ses rayons, j’étais envoûté par la profondeur des couleurs, les reflets, les éclats et les ombres colorées. Un peu comme  je le suis maintenant devant un grand vitrail.
 
    D’autre part, un matin, j’ai trouvé dans les cendres d’un grand feu de camp qu’on avait fait la veille, les restes déformés et tordus d’une bouteille qui avait séjourné dans le brasier. Ce fut pour moi comme une révélation : il était possible de fondre du verre à la chaleur d’un feu de bois !
Historique
    Après quelques autres expériences de déformations de bouteilles, j’ai essayé de fusionner des tessons déposés dans une marmite de fonte sur un feu très vif. Les résultats furent très décevants : encore moins de déformation que directement dans le feu. Au fil des années et des décennies je reprenais des expériences dans la marmite en la chauffant au charbon de bois, au vrai charbon, en activant la braise avec un soufflet, rien y fit. Les résultats s’amélioraient un peu, mais jamais de fusion suffisante pour bien agglomérer les tessons en un pain solide.
 
    N’abandonnant pas mon idée de recréer un matériau de verre avec des morceaux de bouteilles, j’ai même essayé de chauffer directement les tessons dans la marmite avec la flamme d’une torche au propane puis à l’acétylène. J’arrivais à souder des tessons ensemble en chauffant un certain temps au même endroit mais si je déplaçais la flamme à droite pour augmenter le volume de la masse soudée, ça se dessoudait à gauche. Décourageant!
 
    Malgré ces résultats pénibles, j’avais recommencé à collectionner les bouteilles aux couleurs un peu plus rares et j’en avais accumulé près de 200 dans un hangar. Un bon jour, (fév. 05) mon ami Bernard arrive chez nous et m’offre tout bonnement un petit four électrique qu ‘il avait récupéré (comme tant d’autres bonnes choses qu’il sauve souvent des rebuts, au grand plaisir de ceux à qui il les donne; merci Bernard!)
 
    Evidemment, après avoir vérifié le bon état du four, j’y ai tout de suite déposé une bonne grosse poignée de morceaux de verre sur la plaque d’enfournement et mis en marche. N’y connaissant rien aux températures de fusion du verre, j’ai laissé le four monter à trop haute température avant de l’arrêter. Le verre s’étant liquéfié, il s’est répandu sur la plaque et a dégouliné sur le pourtour et dans le fond du four : Hourra pour la fusion et Zut pour le gros dégât dans le four!
    Inutile de dire que j’ai été plus prudent pour la suite des expériences. Après une semaine je connaissais la température assez juste de liquéfaction et j’arrivais à produire mes premiers agglomérés expérimentaux. Après avoir utilisé de la cendre de bois franc comme antiadhésif, j’ai voulu connaître les produits commerciaux. À peu près tous les commerçants et les professionnels à qui j’ai avoué faire des recherches sur le verre recyclé ont tenté énergiquement de m’en dissuader comme s’il s’agissait d’une matière « maudite ». De sorte que par la suite, je restais vague et très discret sur mon travail quand j’allais faire des achats.
 
    Avant même d’avoir appris à faire des moules, j’ai commencé à faire mes plaques au format  de 6’’ x 6’’ avec un système de pochoir en bois qui me semble maintenant pas mal archaïque. C’est quand même avec ce système que j’ai fait ma première centaine de plaques dont toutes celles du Grand Vitrail. Maintenant avec l’utilisation de bons moules, la fabrication est simplifiée et les dimensions des plaques en sont plus précises et régulières.
 
Brasier intense de bois franc
Bouteilles déformées par la chaleur d’un feu de bois
    Évidemment, les premières tuiles que j’ai faites étaient de construction très simples : toujours composées de granules, où la beauté abstraite se manifeste par des flaques de couleurs servies en dégradés aux contours irriguliers, en paillettage (all over), ou parfois au dessin géométrique. Ce sont les granulées
    Vinrent ensuite les tessonnées, où, encore sur un lit de granules sont déposés des tessons aux formes dynamiques ou évocatrices. De ces agencements de lignes et de masses aux couleurs contrastantes, naissent des compositions abstraites . Par ailleurs c’est à ce moment que j’ai commencé à utiliser des fonds de verre clair pour accentuer les effets fond/forme caractéristiques du dessin qui ont favorisé l’émergence de formes franchement figuratives. Par la suite les tessonnées ont perdu leur lit de granules clairs pour être dorénavant constituées uniquement de tessons naturels de bonnes dimensions évoquant des abysses, des émergences et autres formes oniriques
   C’est avec la création des premières figuratives que m’est venue l’expression distinctive de «  tableaux de lumière » pour bien nommer mes tuiles ou plaques de verre. Leur conception et leur réalisation demandent, comme pour une peinture, beaucoup  de préparation , de technique et de temps. Ce sont comme des icônes représentants de façon succinte, évocatrice ou symbolique des aspects du monde ou nous vivons. «  Le paysage avec arbres m’est le plus demandé, mais comme je n’utilise ni moule, ni gabatit ou autre technique reproductive, chacun est vraiment unique, fruit de mon imaginaire, malgré la multitude que j’ai déjà réalisés.              
Crée au début  2007 , cette collection bouscule les autres par sa conception audacieuse où une partie importante de la surface est occupée par un ensemble de lamelles de verre juxtaposées sur leur chant et sur toute la profondeur de la tuile (pas sur un lit de granules). Elles livrent une luminosité encore plus intense et des châtoiements plus spectaculaires quand on change son angle de vision.
 
    Le refus du gouvernement canadien de respecter les engagements de Kyoto ne pourra tenir la route longtemps face à la progression du sentiment d’urgence dans la population. La sensibilisation et le recours aux formes d’énergie moins polluantes font leur chemin. Des concepts comme le commerce équitable et le développement durable commencent à être moins obscurs dans la population. On est loin de l’époque où le mot écologie était défini par le Québécois moyen, comme « une matière au programme de secondaire II »
 
    Maintenant, c’est avec fierté, que des artistes présentent leurs œuvres faites avec du recyclage (objets ou matériaux) . Il existe même, au Québec comme ailleurs, des associations d’artistes-recycleurs très bien acceptées par le public et la critique. De plus en plus, on monte des expositions consacrées à l’art-recyclage où sont présentées des œuvres d’une diversité spectaculaire; certaines jouant de provocation/confrontation politique, parfois construites avec des objets-rebuts caractéristiques de notre société de consommation, alors que d’autres, à l’autre bout du spectre, utilisent des matériaux usagés, complètement transformés et d’apparence neuve pour proposer des créations d’esthétiques différentes.
 
    C’est mon cas, avec mes petits tableaux de lumière où la provenance du matériau, sans être cachée, n’est pas mise au premier plan. La plupart des gens qui regardent mes œuvres pour la première fois, sont étonnés et agréablement surpris quand ils apprennent qu’elles sont réalisées à 100% de verre recyclé. A y regarder de plus près, on peut quand-même trouver certains indices de la présence de bouteilles comme des morceaux caractéristiques : fonds (rond), goulots ou écriture en relief (marques de commerce etc). De plus la palette de couleur restreinte correspondant aux couleurs de bouteilles de vin, ne contient ni rouge, ni orangé, ni violet.
 
 
    Comme je l’ai conté en détail dans la partie « historique », j’ai dû, avant de développer une démarche artistique appropriée à ce médium, développer une démarche technique pour créer ce nouveau matériau. Il m’apparaissait insensé qu’à une époque caractérisée par ses prouesses technologiques, on jette encore à la poubelle, puis à la « récupération », toutes ces belles bouteilles solides, colorées, translucides et scintillantes après s’en être servi une seule fois : quel gaspillage de ressource (matière et énergie). La récupération au bac vert donne parfois une « fausse » bonne conscience aux gens. Actuellement au Québec environ 90% du verre recueilli dans les centres de récupération est vendu à $5 la tonne à une entreprise américaine qui le convertit en sable pour « sand blast ». Dans les régions éloignées du client américain comme ici, dans les Hautes-Laurentides, nous devons au contraire payer 5$ la tonne pour nous en  « débarrasser » : joli recyclage!  Il me semble qu’on pourrait s’attendre à plus d’imagination de la part de nos élites. Au ministère de l’environnement on parle de projets à l’étude pour transformer ici une partie du verre en concassé pour le béton et l’asphalte. Ce n’est pas une grosse valeur ajoutée, mais en tous cas, ça ferait des dizaines de milliers de tonnes de moins à se balader sur les routes vers les Etats-Unis.
  Je sais bien que les quantités de verre que j’utilise (environ une tonne par année) sont dérisoires à l’échelle de ce que nous produisons collectivement, mais je retire quand même une grande fierté et beaucoup de satisfaction à redonner une deuxième vie à tout ce verre qui est devenu une matière noble à mes yeux. C’est vraiment lors des opérations de préparation (cueillette, entreposage, débagage, désétiquettage, lavage et concassage) que j’ai l’impression de payer mon tribut à la nature car ces étapes sont longues et fastidieuses. J’essaie alors de me voir en Léonard de Vinci préparant lui-même ses couleurs en broyant dans son mortier la terre de Sienne, le blanc d’œuf et l’huile secrète!
 
    Quand mon établi de travail est bien garni de contenants de tessons et de différents granules de toutes les couleurs, ce n’est que pur plaisir de laisser aller mon imagination  en un paysage, un lamellage ou une abstraction.
Grand  Vitrail
Les cinq collections
Granulées
Tessonnées
Figuratives
Lamellées
Après avoir mis au point ( inventé?) une façon d’ouvrir une bouteille comme on ouvre un livre. il devenait facile d’avoir accès à  de grandes plaques de verre recyclé ( non pas pas plat, mais courbe, quand-même ! ). Cette collection est caractérisée par l’utilisation de large et longs morceaux de bouteille. Ceci ouvre un champ inouï à la création de tableaux figuratifs ou abstraits aux plans vastes et mouvements amples. Et donne une deuxième vitesse à l’inspiration de l’artiste en moi
Feuilletées