Technique
 
Tous les verriers qui travaillent en fusion (thermo-formage, pâte de verre, soufflage, etc.) connaissent bien les problèmes reliés à l’utilisation conjointe de verres incompatibles. Tensions internes si fortes qu’elles emmènent presqu‘ inmanquablement à des fissures, des bris et parfois même à l’éclatement de la pièce fusionnée, allant jusqu’à causer des dégats important dans le four. Tous les verriers, (ou presque!)  utilisent donc des verres compatibles.
Fusion agglomération
 
    Les fournisseurs des artisans de verre-fusion, comme la compagnie Spectrum, ont d’ailleurs développé des gammes de produits spécifiques pour bien servir leurs clients, en calibrant chimiquement des verres de couleurs différentes au même coefficient et qui sont garantis compatibles. Il existe deux « familles » de verres compatibles, soit les coefficients 90 et  96 qui, soit dit en passant sont incompatibles entre eux.
 
    
    Quant aux différents verres recyclés provenant de la récupération de bouteilles usagées, utilisés en mélange. comme je le fais, on doit admettre leurs incompatibilités réelles, multiples et difficiles à contourner. C’est précisément la raison pour laquelle les industriels tout comme les artistes, ont toujours négligé cette étonnante ressource presque gratuite, encombrant les centres de récupération de montagnes artificielles de verre scintillant.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
    J’ai travaillé fort pour développer cette technique originale qui permet de redonner une deuxième vie à toutes ces belles bouteilles colorées devenues inutiles, en en faisant de belles œuvres d’art. J’ai dèjà reçu plusieurs demandes à l’effet de donner des formations en cette matière : pour le moment je préfère poursuivre mes exploration des possibilités du médium, mais çà viendra éventuellement. Pour le moment, il me semble opportun de nommer cette technique d’un nom qui soit bien descriptif sans être trop restrictif à d’éventuels développements. J’ai hésité entre fusion courte, fusion superficielle, mais j’ai arrêté mon choix à la   fusion-agglomération qui illustre mieux le procédé.
    Je dois admettre qu’avant d’entreprendre mes travaux et expérimentations sur la fusion du verre recyclé je n’y connaissait strictement rien. (ni à la fusion, ni au verre!) Peut-être que si j’avais eu de solides notions sur l’incompatibilité de ces verres, je n’aurais même pas tenté d’expériences. En abordant la situation de manière oblique par la méthode d’essais et erreurs, j’ai lentement découvert les limites mais aussi les possibilités très intéressantes de ce matériau. J’ai pu ainsi découvrir tout ce que je sais maintenant dans ce domaine, à commencer par la température de fusion, ses différents stades, l’incompatibilité des verres, l’agglomération de granules, les causes des fractures et les conditions d’équilibre entre les forces de tensions et d’agglomération (cohésion). Après quelques mois de travail, j’avais déjà des résultats encourageants et en outre je pouvais fabriquer de bons moules, utiliser de bons apprêts, contrôler la granulométrie de mon matériel, agencer les couleurs etc.
 
     Ma plus grande découverte est d’une simplicité désarmante; la voici : plus grande est la fusion, plus grandes seront les tensions. En corollaire disons qu’une tension en profondeur est infiniment plus néfaste et sournoise  que plusieurs tensions superficielles .Si la fusion de verres incompatibles est complète ou presque, les verres se liquéfient et diffusent intimement l’un dans l’autre, ce qui causera, au refroidissement, des tensions internes tellement puissantes dans le cœur de la matière que la pièce éclatera, se cassera, ou fêlera. Par contre si l’on soumet des granules de verres incompatibles à une température suffisante pour que fonde seulement la surface externe de chaque granule, il s’ensuivra une agglomération parsemée bien sûr  d‘une multitude de petites tensions superficielles mais qui seront largement compensées par les forces de cohésion de la fusion.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
    Évidemment une plaque de verre cuite selon cette technique n’a pas la même résistance mécanique qu’une plaque de verre industrielle. Sa solidité est par contre suffisante pour être manipulée normalement, un peu comme on le ferait d’un objet de porcelaine. Il faut surtout éviter les chocs. À mon atelier et dans les expositions, j’encourage tous les gens (même les enfants) à prendre dans leurs mains, sans crainte mes « petits tableaux de lumière » et à les manipuler normalement pour qu’ils en sentent la texture et le relief  mais aussi la masse, la tridimentionnalité (bas-relief) et la profondeur de champ.
 
 
    En appliquant ces principes j’ai tranquillement développé une technique assez particulière, adéquate pour travailler un matériau aussi inusité que de simples bouteilles usagées. Sur mon établi de création reposent des dizaines de contenants de granules et tessons de verre multicolores dans lesquelles je puise chaque jour pour créer dans le fond d’un moule  une œuvre à la mesure de mon inspiration. Une fois tout en place dans le moule, il ne reste plus qu’à la faire cuire… la porter à incandescence et arrêter la cuisson à l’instant critique juste avant que le verre fonde complétement, À la sortie du four, après un très lent refroidissement, apparaît une belle pièce, luisante, lisse et douce malgré ses ondulations, facile à démouler et d’une belle solidité. En la mettant au contre-jour d’une fenêtre ou d’une lumière on y découvre une profondeur étonnante où les couleurs se jouent par plans superposés en teintes variées parmi les granules originaux devenus cristaux scintillants.